La couleur du monde

Texte d'Ollamig

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La couleur du monde

Aujourd’hui, face à ma page blanche.
Vide…
Blanche…
Juste l’épaisseur du papier qui lui donne une existence. Et si tous les mots étaient déjà là, déjà écrits, organisés ?
S’il suffisait d’un peu de poudre d’ombre pour en révéler les contrastes…

Les mots se colorent alors, prennent vie.
La lumière se décompose en une infinité de nuances, à chaque couleur son émotion, son ressenti.
Le vert apaisant, le rouge feu… et puis ces couleurs personnelles qui n’existent que dans ma tête.
Innommables. Elles n’existent que pour moi !
C’est la finesse du mot choisi.

La couleur, c’est aussi une température.
Chaude, froide, ou cette zone fragile entre les deux.
On la sent au bout des doigts quand ils effleurent le papier rouge, bleu, vert…
Toutes ces compositions de nuances qui fourmillent jusqu’aux extrémités.

Le mot « composition » m’entraîne naturellement vers la musique.
Les mots d’une phrase, les notes d’une partition, même combat.
Des couleurs qui se suivent, se mélangent, fusionnent…
Pour le musicien, ce sont des teintes qui s’organisent.
Pour l’auditeur, c’est le bouquet final d’un feu d’artifice.

La couleur n’existe jamais seule !
Fusionnez-les toutes et vous retrouvez ma page blanche du départ.
Le blanc, c’est la fusion, l’union, la palette universelle.
C’est la lumière qui rebondit sur chaque chose pour lui donner son existence
Le blanc, c’est l’écho d’une grotte sombre.

Et puis il y a son ennemi juré, si loin et si proche : le noir.
Détaché et pourtant fusionnel.
L’un ne peut exister sans l’autre.
Le noir, cette bête qui mange tout.
Il avale les couleurs, la lumière, en un instant.

La couleur du monde Les chroniques du crâne fêlé d’Ollamig
Il avale tout et ne rend rien.
Chaque photon pulvérisé, disparu dans le noir.
Pourtant le monde a besoin des deux pour exister.
La lumière éclaire…
Le noir donne la profondeur, le relief, la personnalité.

Mais si demain la lumière disparaissait ?
Un monde invisible.
Sans couleur, sans papier, sans mots, sans musique, sans chaleur.
Sans lumière.

Bon, ce n’est pas bien sérieux.
A moins que ce monde n’existe que dans mon crâne fêlé !

Où que vous soyez, ici ou là, au fin fond de ma Bretagne ou à l’autre bout de l’univers, 
La lumière éclairera toujours l’ombre.

Elle lui vole des territoires au crépuscule, les récupère à l’aurore.

Pour finir, au fin fond de l’Amazonie vit un peuple, les Pirahãs, qui n’ont pas de mot pour désigner les couleurs.
Ne pas nommer les choses les rend-il invisibles ?

Ollamig – Parolier sociétaire SACEM