Hier, j'ai rêvé demain

Texte d'Ollamig

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Hier, j'ai rêvé demain

« Il est là, sur son échelle, les clous entre les dents, le marteau à la main. Les aiguilles de l’horloge sont enfin à portée. »Bonjour à tous, amis du temps présent,
Depuis des années j’essaie d’écrire une chanson sur le temps. Pas le climat, le temps qui passe.
J’y reviens régulièrement, et je m’y casse les dents à chaque fois.
Alors aujourd’hui je vais essayer de vous raconter ce qu’est le temps pour moi, comment j’aimerais le tordre et enfin décider du sens de ma vie.

« Il est là, sur son échelle, les clous entre les dents, le marteau à la main. Les aiguilles de l’horloge sont enfin à portée. »

Le temps est la seule chose au monde qui soit vraiment inexorable. On peut fuir, résister, ignorer beaucoup de choses dans la vie. Pas le temps. Il avance, toujours dans le même sens, sans jamais demander la permission.

« Sous ses pieds, l’échelle s’enfonce doucement dans le passé, comme dans des sables mouvants.
Un barreau de moins.
Il grimpe. »

J’ai souvent pensé à l’eau pour expliquer ça. Le seul élément capable d’exister dans trois états.
Le passé est figé comme la glace, intouchable, immuable.
Le présent est liquide, il coule entre les doigts avant même qu’on ait pu le saisir.
Le futur est encore gazeux, impalpable, inexistant jusqu’à ce qu’il devienne présent, puis passé en une fraction de seconde.

« Le voilà de nouveau à hauteur des aiguilles. Il lève le marteau. L’échelle continue de s’enfoncer, lentement, sans bruit. Il grimpe encore. »

Pourtant nous ne vivons pas tous le temps pareil.
Chacun a sa propre allure, sur son propre chemin.
Certains courent, d’autres traînent les pieds.
Mais le sens, lui, ne change jamais.
Personne ne négocie avec le temps.

« Ses mains agrippent le barreau suivant. Les aiguilles sont là, toujours là, toujours aussi inaccessibles. L’échelle s’enfonce encore. »

A minuit moins une seconde, ce n’est pas encore demain.
A minuit plus une seconde, c’est déjà trop tard.
Ce présent si court, si inconfortable, c’est pourtant le seul endroit où l’on vit vraiment.
Ni dans le passé figé, ni dans le futur imaginaire. Juste là, dans cet instant qui file.

« Il comprend maintenant. Ce n’est pas l’échelle qui est trop courte.
C’est le sol qui n’existe plus sous lui.
Il grimpe pour rester, pas pour avancer. »

Et le passé ne reste pas sagement derrière nous !
Il avance lui aussi. Il grignote le présent, doucement, inexorablement.
Plus on vieillit, plus il prend de place. Moins il reste d’espace pour l’instant.

« Le marteau est toujours là, dans sa main. Les clous entre les dents.
Les aiguilles à portée. Et l’échelle qui s’enfonce, toujours, sans jamais s’arrêter. »

Alors il faut apprendre à marcher à la bonne vitesse.
Voir suffisamment loin devant pour ne pas tomber dans le vide du passé, et devenir le passé de soi-même.
Garder suffisamment de regard derrière pour ne pas perdre ce qu’on a traversé.

L’homme sur son échelle, je le comprends.

Nous avons tous voulu arrêter le temps un jour.
Planter ce clou une bonne fois pour toutes et bloquer les aiguilles de l’horloge.
Choisir notre direction.

Mais tant qu’il grimpe, il ne peut pas planter.
Et s’il arrête de grimper, il disparaît dans le passé.

C’est ça, le temps.

Ollamig – Parolier sociétaire SACEM